La fiscalité d’un expatrié ne se résume pas au taux d’imposition affiché par le pays d’accueil. Pour un entrepreneur, un investisseur ou un family office, la vraie question est de savoir où seront imposés les dividendes, les intérêts et les plus-values, et dans quelles conditions. La réponse dépend du nouveau pays de résidence, du pays payeur, de la convention fiscale applicable et de la manière dont le patrimoine est structuré.
Pourquoi les revenus mobiliers exigent une approche internationale
Les revenus financiers sont presque toujours transfrontaliers. Un expatrié peut vivre à Chypre, détenir un portefeuille européen par exemple dans une banque suisse s’il a décidé d’ouvrir un compte en Suisse, percevoir des dividendes d’une société luxembourgeoise et céder des titres d’une holding installée dans un autre État. Dans cette configuration, la fiscalité patrimoine international ne peut pas être lue à travers un seul droit interne.
Les conventions fiscales inspirées du Modèle OCDE organisent la répartition du droit d’imposer. Les articles 10, 11 et 13 concernent respectivement les dividendes, les intérêts et les gains en capital. En pratique, l’enjeu porte sur trois points. D’abord la qualification exacte du revenu. Ensuite la retenue à la source opérée dans le pays payeur. Enfin l’imposition ou l’exonération dans le pays de résidence du bénéficiaire.
Point d’attention Un changement de résidence fiscale n’efface pas automatiquement la fiscalité du pays de départ ni la retenue prélevée par le pays de source. C’est la combinaison des règles qui détermine la charge réelle. Il est important de comprendre qu’une expatriation fiscale ne libère pas des règles transfrontalières applicables.
Dividendes : résidence du bénéficiaire, source du revenu et retenues éventuelles
Les dividendes non-résident constituent souvent le premier sujet d’arbitrage patrimonial. Le pays de la société distributrice conserve fréquemment un droit de retenue à la source, réduit ou non par la convention fiscale. Le pays de résidence peut ensuite imposer le dividende ou, au contraire, offrir un régime plus favorable.
Chypre reste une juridiction souvent étudiée par les investisseurs internationaux. Pour un résident fiscal chypriote non domicilié, les dividendes sont en principe exonérés de Special Defence Contribution. En revanche, la contribution GHS peut continuer à s’appliquer. En 2026, le taux applicable sur ce type de revenus est de 2,65 % avec un plafond annuel d’assiette de 180 000 euros. En pratique, un expatrié percevant 200 000 euros de dividendes étrangers supporte donc un coût local plafonné à 4 770 euros, sous réserve bien sûr de la retenue éventuellement prélevée à la source dans l’État payeur.
Le raisonnement est similaire pour un investisseur ayant fait le choix d’une expatriation en Suisse. Les dividendes y sont en principe imposables comme revenu. Lorsqu’il s’agit de dividendes suisses, une retenue anticipée de 35 % est prélevée, puis remboursée sous conditions aux personnes domiciliées en Suisse qui déclarent correctement les revenus et les actifs concernés. Pour un expatrié fortuné, la question n’est donc pas seulement celle du taux facial, mais aussi celle de la récupération effective des retenues.
Intérêts et produits financiers : vigilance sur la qualification
Les revenus mobiliers en expatriation ne se limitent pas aux dividendes. Les intérêts obéissent à une logique propre et leur traitement dépend souvent de leur qualification précise. Intérêts bancaires, coupons obligataires, comptes courants, produits structurés ou revenus assimilés ne reçoivent pas toujours le même traitement fiscal.
À Malte, le régime des personnes résidentes non domiciliées mérite une attention particulière. Le principe est celui d’une taxation des revenus de source maltaise, ainsi que des revenus étrangers dans la mesure où ils sont reçus à Malte. En revanche, les plus-values réalisées hors de Malte ne sont pas soumises à l’impôt maltais, même lorsqu’elles sont transférées sur place. Cela rend la distinction entre revenu et capital absolument stratégique. Un flux présenté comme un gain en capital peut avoir un résultat fiscal radicalement différent d’un flux qualifié d’intérêt ou de dividende.
Note pratique Pour un expatrié fortuné, la qualification juridique du flux compte autant que le pays de résidence. Deux encaissements du même montant peuvent produire une fiscalité très différente selon qu’il s’agit d’un dividende, d’un intérêt ou d’une plus-value.
Plus-values de cession : où se situe l’imposition
Les plus-values en expatriation sont souvent le levier principal de la stratégie patrimoniale. Dans de nombreuses conventions, les gains de cession sur titres relèvent du pays de résidence du cédant. Mais cette règle connaît des exceptions importantes, notamment pour les actifs immobiliers, certaines participations substantielles ou les mécanismes de taxation de sortie du pays d’origine.
Malte attire régulièrement l’attention des investisseurs précisément parce que les plus-values étrangères n’y sont en principe pas taxées pour un résident non domicilié, y compris lorsqu’elles sont remises à Malte. Prenons une hypothèse simple. Un investisseur devenu résident maltais non domicilié cède un portefeuille étranger avec une plus-value de 1 000 000 euros. Si cette plus-value est bien qualifiée comme gain en capital étranger, l’imposition maltaise peut être nulle. À l’inverse, si le produit de l’opération est requalifié en revenu, l’analyse change immédiatement.
La Suisse offre également un cadre recherché. Au niveau fédéral, les gains en capital réalisés sur des éléments de fortune privée ne sont pas imposables. En pratique, cela peut permettre à un investisseur privé de céder des titres avec une grande efficacité fiscale, sous réserve bien entendu de ne pas être requalifié en professionnel du négoce et de tenir compte des règles cantonales particulières sur d’autres catégories d’actifs.
Holding ou détention personnelle : quel impact stratégique
La fiscalité investisseur expatrié dépend aussi de la structure choisie. Une détention personnelle permet la simplicité mais expose directement le particulier à la fiscalité locale des flux encaissés. Une holding peut faciliter la capitalisation, l’organisation familiale et parfois la circulation des dividendes. Elle suppose toutefois une vraie substance, une gouvernance cohérente et une attention rigoureuse au risque de refus des avantages conventionnels.
Le bon choix dépend du volume des distributions attendues, de l’horizon de cession, du pays quitté, du pays d’installation et du profil du patrimoine. Une structure performante sur le papier peut devenir inefficace si la direction effective, le bénéficiaire effectif ou la logique économique ne sont pas démontrés.
Comment le cabinet Valmerand accompagne les expatriés
Valmerand accompagne les expatriés fortunés, entrepreneurs, rentiers, investisseurs et family offices dans l’analyse de la fiscalité de leurs dividendes, intérêts et plus-values avant l’expatriation et après le changement de résidence. Le cabinet intervient sur la structuration des revenus financiers, l’étude des conventions fiscales, la vérification des retenues à la source, l’arbitrage entre détention personnelle et holding, ainsi que sur l’évaluation des risques liés au pays de départ.
Faire analyser la fiscalité de ses revenus financiers avant l’expatriation Avant toute installation à Chypre, à Malte, en Suisse ou dans un autre État, il convient d’auditer les flux attendus, les conventions fiscales applicables et la structuration patrimoniale existante. Valmerand réalise des analyses sur mesure pour sécuriser l’expatriation et préserver la trésorerie nette réellement conservée.
FAQ
Un expatrié fortuné peut-il réduire fortement l’imposition de ses dividendes ?
Oui, mais uniquement si la résidence fiscale, la convention applicable et la structuration patrimoniale sont cohérentes. Le point central reste souvent la retenue à la source dans le pays payeur.
Les plus-values sont-elles toujours taxées dans le pays d’arrivée ?
Non. Selon la convention et la qualification retenue, elles peuvent relever du pays de résidence, du pays de situation de l’actif ou du pays quitté au titre d’une taxation de sortie.
Faut-il créer une holding avant de s’expatrier ?
Pas systématiquement. La réponse dépend du niveau de patrimoine, de la nature des actifs, du calendrier de cession et de la capacité à justifier une substance réelle.



